Les cétacés de Méditerranée doivent faire face à de nombreux problèmes. La cause directe principale de mortalité est l'utilisation de filets dérivants de près de 10 kilomètres de longueur pour la pêche au thon. Ces filets dérivants démesurés, très destructeurs pour toute la faune, sont en principe interdits par la législation européenne mais les thoniers contournent la loi en accrochant un bout du filet (rebaptisé "courantille volante") au bateau, ainsi le filet n'est plus dérivant…

Devant la baisse alarmante des prises de thon rouge méditerranéen en 2006, la Communauté Européenne devrait sous peu prendre des mesures de conservation, mais seront-elles respectées?

En 2004, le Ministère de l'Environnement a doublé le nombre de permis de pêche spéciaux (PPS). Ce sont à présent 80 thoniers en moyenne qui mettent à l'eau chaque nuit de mai à octobre, quand la météo est favorable, près de 800 kilomètres de filets! Un véritable mur de la mort qui ratisse tout. Ces filets en nylon sont difficilement détectables et causent la mort de centaines de dauphins chaque année. Les jeunes se prennent dans le filet, appellent à l'aide et la mère se prend aussi en tentant de le secourir, tous deux meurent alors lentement d'asphyxie.

Les cachalots furent décimés par les filets italiens de pêche à l'espadon dans les années 90 et leur population est estimée à seulement 300 environ, pour tout le bassin occidental. Plusieurs cachalots se prennent chaque été dans le dédale de filets dérivants et l'espèce risque de disparaître complètement du sanctuaire, pourtant créé pour la sauvegarde des cétacés. Les globicéphales et des espèces rares, telles les baleines à dents, sont aussi menacés.

Filet dérivant
Ballons gonflables,
trouvés dérivant au large.

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Certains pêcheurs ont accepté de placer des effaroucheurs (ou pingers) sur leurs filets, mais leur efficacité n'est pas avérée. Il existe en principe un moratoire sur les filets dérivants dans les eaux du sanctuaire du 15 août au 15 septembre, mais est-il vraiment respecté?
Sans un suivi efficace et indépendant, ces mesures partielles ne suffisent pas à enrayer le massacre. La première mesure à prendre serait de réduire la longueur des filets en respectant la limite de 2,5 kilomètres par bateau, fixée par l'Europe. Ceci permettrait en outre de conserver les stocks de thon rouge, très menacés en Méditerranée et au niveau mondial (90% de réduction selon la FAO).


La pêche de loisir, dite pêche au gros, est pratiquée intensément en Méditerranée française. Des centaines de vedettes puissantes quittent chaque jour chaque port de plaisance pour traquer les derniers thons et espadons. Cette armada bruyante et polluante est de loin la cause principale de dérangement des cétacés, car peu de plaisanciers s'aventurent au large. Les pêcheurs au gros, gens très aisés qui n'ont même pas l'excuse de devoir gagner leur vie, prélèvent autant de thons que la pêche professionnelle.
Il n'existe aucun quota de prise et les limites de taille ne sont pas respectées. Rappelons que les thons de Méditerranée ont un taux de contamination au mercure très élevé. Personne ne se soucie non plus du sort de l'espadon, on continue à capturer sans limite ce magnifique poisson, pourtant en nette diminution.

La mer Méditerranée est une mer semi-fermée, sans marées, ses rivages sont surpeuplés et sa fréquentation touristique est énorme. Fragile, très sensible à la pollution, il faudrait la protéger tout particulièrement en encourageant des méthodes de pêche respectueuses du milieu.
C'est tout le contraire: la pêche industrielle est subventionnée et la pêche traditionnelle pénalisée. On encourage les petits pêcheurs a cesser leurs activités, tandis que les gros armateurs jouissent de nombreux avantages fiscaux et qu'on ferme les yeux sur leurs pratiques illégales.

La Marine Nationale se livre à toutes sortes de manœuvres en Méditerranée et dans le sanctuaire : tirs de missiles, d'obus, explosions sous-marines, essais de sonar. Beaucoup de ces activités sont secrètes et personne n'étudie leur impact sur la faune, et surtout sur les cétacés, qui sont très sensibles aux ondes acoustiques.
Au printemps 2005, la Marine Nationale a effectué des "pétardages" dans la région de St Florent, en Corse, aucun grand dauphin n'y a été vu ensuite de tout l'été !
A l'automne, devant la menace d'explosions de charges de 600 kilos dans la région de St Raphaël, le comité scientifique du sanctuaire Pelagos a obtenu du Préfet Maritime que la marine nationale le consulte avant de se livrer à de tels exercices, très néfastes pour les poissons et les cétacés.

En 2004, le Ministère de l'Industrie, sans même consulter le Ministère de l'Environnement, a autorisé une société anglaise a effectuer des recherches de pétrole dans la région du cap Corse, en plein sanctuaire. Ces recherches, dites sismiques, s'effectuent par de puissants tirs d'air comprimé sous l'eau, afin d'analyser l'onde de choc dans le sous-sol. On ne trouverait pas mieux pour faire fuir ou même périr les derniers cétacés du Sanctuaire ! Ce projet démentiel est pour l'instant en suspens.

Nous espérons que la loi d'avril 2003 créant une Zone de Protection Ecologique (ZPE) en Méditerranée va être correctement appliquée. Elle autorise la Marine Nationale à arraisonner un navire coupable de dégazage ou de déballastage jusqu'à 100 milles de nos côtes, et de traîner son capitaine et son armateur devant les tribunaux français.

La liste des problèmes dont souffrent la Grande Bleue et les cétacés est bien longue: Pollution par les métaux lourds, causant une diminution des défenses immunitaires et des épidémies virales qui déciment les populations. Tonnes de déchets. Croissance du trafic commercial entraînant une augmentation de la pollution sonore et des risques de collision.
Enorme fréquentation touristique (plus de 100 millions de visiteurs par an). Pourtant la vie s'accroche, le plancton croît et nourrit la chaîne alimentaire envers et contre tout. Il suffirait d'un peu de bonne volonté et de quelques mesures de bon sens, qui bénéficieraient à terme à tous, pour sauvegarder la beauté et la splendide biodiversité de la Mer Méditerranée.


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